Samedi 16 février 2019

Fukushima : le monde d’après

Un an après la catastrophe nucléaire de Fukushima, classée au niveau 7 comme Tchernobyl, de nombreuses voix de citoyens et d’élus s’élèvent au Japon pour sortir définitivement du nucléaire.
Le 11 mars 2011, un puissant séisme et tsunami frappaient les côtes nord-est du Japon, dans la région de Tohoku. À la dévastation de la vague meurtrière, s’est ajouté un péril sourd: la perte de refroidissement dans trois réacteurs et deux piscines de refroidissement de combustible usé de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi, une des plus grande du Japon, deuxième pays le plus nucléarisé après la France. Malgré des efforts désespérés pour refroidir ces réacteurs, en larguant notamment d’immenses quantités d’eau de mer au dessus de la centrale, le pire devait finalement arriver: une fusion du combustible de ces réacteurs ainsi qu’une dissémination massive d’éléments radioactifs dans la nature: un accident nucléaire majeur, de niveau 7, que l’échelle INES définit ainsi « effets étendus sur la santé et l’environnement ». Transportés par le vent, par l’eau ces particules radioactives rendent inhabitable pour des milliers d’années des territoires particulièrement difficiles à cartographier et à isoler, d’autant que certains radionucléides sont fixés par les végétaux et les animaux, et contaminent ainsi toute la chaîne alimentaire, et menacent comme autour de Tchernobyl les générations futures, à naître après l’accident.

La zone d’exclusion, très contestée, de 20km autour de la centrale de Fukushima est-elle alors suffisante pour protéger la population japonaise, alors que l’on sait par exemple que du fait du vent, des chutes de pluie et neige, la carte initiale des retombées radioactives est tout autre, en taches de léopard, avec des zones fortement touchées, parfois jusqu’à 240 km de la centrale? Plus de dix-mille personnes vivant dans la zone d’exclusion ont-été évacuées et devraient être indemnisées , mais que faire lorsque l’on vit en dehors dans un territoire pourtant contaminé, mais sans moyens financiers de s’établir ailleurs? En décembre dernier, on mesurait dans certaines régions montagneuses à 180 km de Fukushima un taux de radioactivité de 100 000 et 300 000 becquerels/m2, à titre de comparaison, après l’accident de Tchernobyl, les zones où les niveaux de radioactivité dépassaient 37 000 becquerels/m2 étaient considérées comme «contaminées », rappelle le journal Asahi, principal quotidien du Japon. Que faire si ses récoltes ou le produit de sa pêche est dépasse les seuils, pourtant dangereusement relevés après l’accident? Les avocats de Tepco n’ont ils pas dit avec cynisme lors d’un récent procès que « les matériaux radioactifs (comme le césium) qui ont été disséminés par le réacteur n° 1 de la centrale de Fukushima et sont retombés appartiennent aux propriétaires des terres et non plus à Tepco » ! Que faire enfin de la zone interdite? Le Japon peut-il se passe de plus de 1300km2 de territoire cotier? La décontamination devrait coûter 130 milliards au Japon selon les experts , sans compter les coûts sanitaires et environnementaux qui s’annoncent déjà immenses. À titre d’estimation, la Cour des Comptes a évalué le coût de l’accident nucléaire à 1000 milliards d’euros!

La population japonaise scrute, inquiète depuis un an la provenance des aliments qu’elle achète, ne croit plus aux informations gouvernementales sur la radioactivité des aliments et sur leurs risques pour la santé. Face à ces inquiétudes fondamentales, parce que touchant à la santé des êtres qui nous sont les plus chers partout dans le monde, nos enfants, de nombreux Japonais, des mères de famille très souvent, de tous le Japon, pour la plus part peu politisés au part avant, se sont organisés en collectifs, organisent des pétitions, manifestent.

L’ancien premier ministre Naoto Kan, qui du faire face au séisme, au tsunami et à la catastrophe nucléaire ainsi que sont successeur Yukio Edano, n’ont autorisé aucun redémarrage de centrale nucléaire après leur arrêt de tranche post fukushima, tant les avis de la NISA, l’équivalent de notre Autorité de Sûreté Nucléaire sont discrédités au Japon. De sorte qu’à lors actuelle, seuls deux réacteurs sur 54 sont encore en activité au Japon. L’actuel premier ministre Edano, pourtant considéré comme plus flou que Kan sur la sortie du nucléaire au Japon et le développement des énergies renouvelables, reconnaissait en janvier dernier que le Japon pourrait ne plus avoir aucun réacteur nucléaire en activité cet été, et qu’il ne pouvait s’engager sur un redémarrage des tranches stoppées…Pourtant, il ne s’agit jusqu’à présent que d’un délai avant un redémarrage des centrales nucléaires japonaise, d’ailleurs aucun démantèlement n’est prévu, pire l’allongement de leur durée de vie de 40 à 60 ans a été voté, il y a peu.

Le 11 mars prochain, de nombreuses manifestations de solidarité avec le Japon seront organisées à travers le monde; en France, le réseau sortir du nucléaire organise une chaîne humaine de 230 km de Lyon à Avignon, la région d’Europe la plus nucléarisée, pour la sortie du nucléaire, une première en France! (www.chainehumaine.org) D’autres manifestations locales auront le dimanche 11 mars, notamment dans le Val de Marne, où les écologistes des bords de Marne organisent une marche pour la sortie du nucléaire avec enregistrement de témoignages vidéo de solidarité avec le Japon; elle partira à 14h30 de la station RER de Joinville-le-Pont. (http://valdemarne.eelv.fr/agenda-eelv/#marche-des-bords-de-marne-pour-la-sortie-du-nucleaire)

Crédit photo: AFP/ Toru Yanataka (manifestation ani-nucléaire à Tokyo, le 11 juin 2011)


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