L'ampoule qui cache la forêt

Aujourd'hui 1er septembre entre en vigueur l'interdiction des ampoules à haute consommation (supérieure à 75W) après l'interdiction des ampoules à 100W l'an dernier.

 

 

Cette interdiction permet enfin à chacun de se poser des questions sur sa consommation d'électricité et sur l'usage d'ampoule basse consommation.

A écouter les thuriféraires de l'interdiction, on croirait même avoir trouvé la solution pour moins polluer, voire pour sauver la planète.

Serait-ce plutôt pour nous donner bonne conscience ?

 

 

Quel impact sur la consommation d'énergie ?

 

L'électricité n'est avant tout qu'une faible partie (33% environ) de l'énergie que chacun consomme. Le reste est principalement utilisé pour le chauffage ou les transports.

Ainsi, un logement de 100 m² chauffé au gaz consomme 18.000 kWh en moyenne par an (données CEREN). Dans le même temps, la consommation électrique plafonne à 3.000 kWh. Et dans ces 3.000, l'éclairage représente 500, le reste étant dévoré par l'appareillage électronique et électro-ménager.

De la même manière, d'après les calculs de l'ADEME, 15.000 km en voiture correspondent à 15.000 kWh.

Au final, un Francais consomme 31.000 kWh d'énergie par an.

 

Interdire les ampoules à haute consommation fera diminuer de 1% cette dernière. Non que ce soit inutile, force est de constater que c'est extrêmement marginal.

 

Il s'agit donc ici clairement d'un effet d'annonce qui masque les efforts réels à fournir pour diminuer la consommation d'énergie, donc diminuer sa dépendance aux prix des hydrocarbures (et à leur hausse), et donc sauver en définitive le pouvoir d'achat. Et, en bout de course, diminuer les rejets de CO2.

 

Une bonne conscience qui coûte cher...

 

Alors même que cette interdiction entre en vigueur, le taux d'équipement des ménages en écrans plats, ordinateurs et autres sèche-linges explose. Sans oublier l'essor important des énergivores climatiseurs. La consommation d'électricité des Français croît, d'année en année. Heureusement, ceux-ci ont la bonne conscience de pouvoir manger leur steak argentin (venu en avion) à la lueur d'une ampoule 11W remplaçant l'horrible 75W.

 

Les vraies questions ne restent toujours pas posées : comment diminuer la dépendance de chacun aux transports polluants, comment diminuer la consommation de chauffage et comment diminuer l'achat de produits issus d'une chaîne logistique énergétivore.

Les réponses à ces questions seront trouvées un jour, et il n'est pas à souhaiter que cela se fasse par l'interdiction (cela dit, il est possible qu'on en arrive là).

 

Que doit faire l'Europe de plus efficace ?

 

Seule la hausse du prix de l'énergie aura une influence majeure.

La seule question que l'Europe doit se poser est celle-ci : devons-nous attendre de subir cette hausse (en enrichissant les pays pétroliers et gaziers) ou souhaitons-nous l'orienter en notre faveur (en gardant l'argent chez nous) ? Posée ainsi, cette question n'en est plus une.

Elle nous imposera cependant plusieurs mesures, notamment la taxation à l'entrée du territoire européen des produits provenant de pays lointains, d'autant plus s'ils ne respectent pas nos normes environnementales, et dans le même temps, la taxation progressive de l'énergie qui orientera la consommation vers des comportements plus vertueux. Les moyens financiers dégagés par ces mesures permettra de cofinancer cette adaptation nécessaire.

 

 

La questions des ampoules pose donc celle du système normatif européen : normer, interdire est une chose. Il est temps d'utiliser les autres leviers à disposition, principalement fiscaux, pour vraiment infléchir la consommation. Y compris si le dogme du libre-échange s'en retrouve écorné.

 

 

Commentaires  

 
0 #1 Laurent ZIBELL 03-09-2010 16:32
Excellent article. Tu as tout à fait raison.
La taxation carbone aux frontières n'est même pas une entorse au libre-échange, puisque la taxe en question s'applique aussi aux producteurs à l'intérieur de la zone: elle ne peut être qualifiée de droit de douane. En ce qui concerne le taux d'imposition, une modalité pratique pour taxer le contenu en carbone d'une importation est de prendre par défaut les montants observés chez les producteurs européens, sauf à ce que l'importateur produise des chiffres vérifiables prouvant que la valeur réelle est différente.
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