Mercredi 3 mars 2021

Faut-il un âge pour partir à la retraite ?

Comme « on vit plus longtemps, il faut travailler plus longtemps ». Ce raisonnement est censé répondre aux besoins complémentaires de financement des retraites estimés à 45 Mds d’euros par an.
Il faudrait donc, selon ce raisonnement, allonger le temps de cotisation jusqu’à 62 ans, ainsi que son corollaire, l’âge du droit au taux plein (= la moitié des revenus) à 67 ans.

Cette logique purement démographique s’appuie sur un présupposé silencieux : c’est que le temps de travail, en heures hebdomadaires ou en années tout au long d’une vie, produit autant en 1980 qu’en 2010. Or il n’est pas possible, même si la majorité des commentateurs le fait, de parler de durée de travail sans parler de productivité. Entre 1980 et 2010, la productivité a augmenté de 2,3 % en moyenne chaque année. Or qu’est-ce que la productivité ? c’est de la richesse… en d’autres mots, on sait travailler de moins en moins pour produire de plus en plus de valeur ajoutée. La France est 5 fois plus riche qu’en 1980 et, pourtant, le déficit des organismes de la redistribution et de la solidarité ne cesse de se creuser. Il n’y a donc pas un problème de dépense trop élevées, ou de production de richesse insuffisante, mais bien de redistribution.

L’augmentation de la durée de cotisation est une mesure comptable qui occulte la réalité de l’effort collectif consenti pour multiplier par cinq le PIB de la France en trente ans. Elle est injuste vis-à-vis de ceux qui ont commencé à travailler dès 18 ans et pose de manière péremptoire le problème de l’emploi des plus de 50 ans, alors que dans l’entreprise, on est senior à 45 ans…

Mais faut-il absolument fixer un âge pour tout le monde ? Ne peut-on pas permettre de changer son rythme tout au long de sa vie, pour se ménager des temps où l’on s’occupe d’un proche ou d’une activité sociale, et, surtout, ne serait-ce pas le moment de changer l’approche comptable et productiviste du travail pour penser les retraites du point de vue de l’apport que chacun peut faire socialement ? La retraite par points est totalement compatible avec le système de répartition entre les générations. Chacun pourrait suivre année après année l’évolution de son compte. Ainsi, la retraite deviendrait à la carte avec la suppression de l’âge pivot. Dans cette retraite à la carte, le temps consacré aux autres, comme le rythme de ce temps à l’échelle d’une vie pourrait enfin être pris en compte.

La retraite à points apporterait certes de la souplesse et de la transparence, mais ne règlerait en rien l’affrontement lié à la fixation du niveau de redistribution, qui sous-tend en réalité le conflit actuel. Il prend la forme aujourd’hui du débat sur l’âge de la retraite, avec la retraite à points, ce conflit se cristalliserait autour de la détermination de la valeur du point… mais cela serait sans doute plus clair.

Cela fait six mois que le rapport du Conseil d’Orientation sur les Retraites et toutes ses modalités a été voté au parlement… dans une discrétion totale.

A lire : Le rapport du COR et L’article de Serge Guérin sur l’âge de départ à la retraite.



1 Commentaire

  1. Comments  Denise SIlber   |  Lundi 11 octobre 2010 à 20 h 07 min

    Tout à fait d’accord avec l’idée de personnaliser les options de retraite, par rapport à la situation, santé, talents, envies de chacun…Vos pistes représentent un bon début, même si tout reste à faire. Il y a aussi autre chose à corriger: notre relation au travail. Pourquoi autant de personnes détestent-elles le dimanche soir (récente étude). Au boulot pour changer cela ;-)

Ajouter un commentaire




*

Devenez Rédacteur !

L'actualité politique vous intéresse ?
Vous avez un scoop, un combat, un projet, une analyse à partager ?



Il sera publié dans les 24h

Newsletter

L'inscription à la Newsletter mensuelle vous permet de rejoindre le réseau Écologie Démocrate


Les flux