Dimanche 21 juillet 2019

Des primaires citoyennes, une première en France

Les Primaires citoyennes du Parti socialiste, dont les tours de scrutin se dérouleront les 9 et 16 octobre prochain sont un formidable enjeu pour promouvoir la Démocratie et la Participation.

Ces Primaires, qui font figurer pas moins de six candidats, révolutionne notre pratique du politique pour travailler sur un projet d’alternance à partir de 2012. Ce processus citoyen, qui revêt les formes d’une démocratie à visage humain, se propose de remodeler nos comportements électoraux traditionnels, comme c’est désormais le cas en Grèce, en Italie, et bien sûr aux Etat-Unis : pour la première fois depuis les congrès fondateurs du parti, des hommes et des femmes vont pouvoir, par un vote démocratique, élire le candidat qui portera les couleurs du PS au premier tour des élections. Cette révolution institutionnelle est unique dans l’histoire du parti : on passe ainsi d’une désignation par des militants, les obligés et les petits cénacles à l’implication citoyenne de ceux qui peuvent se reconnaître dans les idées de la gauche. Nul doute que le PS joue très gros sur cette organisation, première du genre en France.

La Haute autorité des Primaires, instance centrale du processus

Garante du sérieux démocratique des débats, la Haute autorité des Primaires est chargée d’enregistrer les candidatures, de contrôler les opérations électorales et de proclamer les résultats définitifs. Disposant d’un budget de 3 millions d’euros, le PS, qui n’a pas les moyens de l’Etat, doit agir sur ses propres leviers et compter sur ses propres ressources pour faire de cette entreprise une réussite politique. Avec un maillage territorial de 10 000 bureaux de vote couvrant l’espace français et celui des DOM-TOM, les Françaises et les Français pourront ainsi voter librement.

Trois seuils numériques sont à retenir pour apprécier les résultats futurs du scrutin :

- avec 1 million de participants, le PS table sur un socle minimum de votants ; si l’on comptabilise l’apport des un euro par votant, le parti de la rue de Solférino couvre ainsi le tiers de son budget de campagne, un budget notamment tourné vers la communication.

- à deux millions de votants, il s’agit d’un succès notable.

- à trois millions de votants, le succès serait à vrai dire inespéré ; le succès de l’audimat avec ses 5 millions de téléspectateurs lors du dernier débat télévisé réunissant les 6 candidats sur TF1 le 15 septembre dernier montre que les socialistes semblent être sur la bonne voie.

Si l’on regarde les recommandations de la Haute Autorité des Primaires pour assurer le succès de ce scrutin, on se rend compte qu’une véritable révolution démocratique est en train de se jouer à l’occasion de cette campagne qui garantit au moins le respect de six principes concernant :

- la publication des parrainages.

- le système de récollement des votes, l’utilisation des fichiers du parti et l’accès des candidats à l’ensemble des résultats, sondages et enquêtes payés par le PS.

- l’égalité des moyens entre les candidats (pluralisme dans les medias).

- l’information des électeurs et les débats.

- l’éthique de la campagne.

 

Le PS tiraillé entre l’avancée démocratique et les symptômes

Cependant, malgré le sérieux de son appareil institutionnel et la sincérité de sa volonté réformatrice, le PS se heurte à un exercice difficile : ses choix internes sont certes courageux et ils peuvent être mobilisateurs pour la campagne présidentielle, mais la participation doit à tout prix être conséquente. C’est bien cet enjeu essentiel que résume le pari des primaires, bien décrit par François Hollande : « de quoi aurions nous l’air d’avoir convoqué le peuple, s’il ne se déplaçait pas ? ». En effet la mobilisation d’une partie substantielle de l’électorat aux primaires afin de galvaniser ce corps électoral jusqu’en mai prochain doit à tout prix conjurer la défaite lors des trois dernières élections présidentielles en 1995, 2002 et 2007.

Les candidats ne doivent pas non plus s’entre-déchirer par des petites phrases perfides pendant et après la campagne des primaires car il faudra ensuite se réunir derrière l’unique vainqueur, démocratiquement élu par les Français. On sait que les débats d’idées restent essentiels lorsque le pays est en pleine quête de sens politique et de recherche de solutions face à la crise.

Cependant, avec ces primaires, force est de constater que le PS avance un peu en terrain inconnu en cette période de marasme suscité par la crise monétaire, financière et bancaire. L’idéalisme de la gauche s’est obscurci et les affaires DSK et Guérini n’ont pas arrangé les choses. De plus, une manipulation du scrutin des primaires à droite n’est pas totalement à exclure et une majorité des Français estime effectivement que la pratique de ce processus présente un risque. Enfin, les primaires socialistes paraissent consacrer la fin du parti militant par la personnalisation du débat public, la présidentialisation du système politique et la domination des logiques d’opinion.

Comme dans la plupart des autres partis, les évolutions sont en effet préoccupantes et la crise de vitalité du PS est patente ; parmi les symptômes récurrents, on peut ainsi relever :

- une excessive professionnalisation des cadres du parti.

- un assèchement de l’action militante.

- un poids excessif des élus et des cumulants.

- un décrochage par rapport au monde du travail.

- un effritement des rapports avec le monde syndical et associatif.

- une illisibilité de la ligne politique.

Bien sûr les primaires sont une occasion formidable pour contrecarrer la crise du PS et redonner un souffle vital indispensable pour bien appréhender les deux tours de scrutin des prochaines élections présidentielles. Mais les Français seront-ils massivement présents à ce rendez-vous électoral, étant donné le caractère pionnier de ces primaires en France ? Il reste donc à souhaiter que ce processus s’enracine rapidement dans le paysage insitutionnel français pour apporter l’alternance indispensable à un sarkozisme dangereux.


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