Samedi 24 juin 2017

Ben Laden: non, justice n’a pas été faite….

Il est un avantage à la mort de Ben Laden que nul ne peut contester: elle nous a beaucoup éclairé sur la conception de la justice des dirigeants du monde.

Au moment où Obama proclamait « justice has been done », la traduction quasi-simultanée en Français, remarquablement fidèle, était effectuée par notre Président himself: « justice a été faite ».
Il ne serait pas inutile de lui rappeler que l’exécution sommaire d’un homme, fut-il le pire spécimen de l’espèce selon des critères universellement admis, ne saurait être la justice, du moins dans un état de droit: la justice est l’aboutissement d’un processus judiciaire, bref, d’un procès. Sans même rentrer dans le débat de savoir si cette opération et son bilan étaient justifiés ou non, les scènes de liesse populaires aux Etats-Unis, même une fois pris en compte le traumatisme et la douleur du 11 septembre 2001, provoquent le malaise. Saddham Hussein a au moins eu droit à un procès, aussi contesté ait-il été.

Il faut dire que Nicolas Sarkozy a été à bonne école: déjà en 1993, jeune ministre du budget, il participait, non d’ailleurs sans un certain courage physique, à l’opération visant à libérer les enfants pris en otage à la maternelle de Neuilly par un déséquilibré qui s’était donné le nom d’Human Bomb; opération qui s’était soldée par la mort de ce dernier, tué d’une balle dans son sommeil. En guise d’oraison funèbre, le sourire réjoui et bonhomme de Charles Pasqua, et ce commentaire laconique: « le forcené est mort ». A part la soeur dudit forcené, personne ne s’était à l’époque posé la question de savoir s’il n’aurait pas été possible de le capturer vivant et de lui donner le procès équitable auquel tout être humain a droit, même si, et d’ailleurs d’autant plus que, dirait Maître Vergès, son acte est insoutenable. Comme si certains actes autorisaient le gouvernement d’une part à se substituer à la justice, et d’autre part, à rétablir implicitement la peine de mort…

« Dead or Alive » avait George Bush, érigeant ainsi la loi en vigueur chez les cow-boys au rang de diplomatie internationale. Oui, un procès Ben Laden aurait été dangereux et compliqué; pourtant, ce n’est pas la facilité de la loi du talion qui permet le triomphe de la justice, sinon le conflit israelo-palestien serait résolu depuis longtemps; c’est au contraire la fidélité intransigeante à ses valeurs. Il faut savoir être meilleur que ce que l’on combat.

Peut-être MM. Bush, Obama et Sarkozy pourraient-ils se remémorer ce qu’en disait en son temps Thomas Jefferson, père fondateur de lAmérique: «  »Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité


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