Dimanche 21 juillet 2019

2012, on change tout, sauf les shoes !

Nicolas Sarkozy fait le choix de la droite dure.

 

On devait assister à une entrée en campagne fracassante. On allait voir ce qu’on allait voir !

Les Français, en masse, éblouis par la métamorphose du Président en Candidat, allaient renoncer aux infidélités et lui rendre leur amour.

Pourtant, sur la forme comme sur le fond, la séquence Entretien au Figaro-Déclaration sur TF1-prise de possession des locaux de campagne-meeting de Marseille pose -une fois de plus- la question désormais rituelle, véritable résumé du quinquennat écoulé: « tout ça pour ça » ?

Sur la forme, bafouiller à  Laurence Ferrari quelques lieux communs sur le « capitaine du navire [qui ne peut] renoncer en pleine tempête » , ce n’était pas exactement la Révolution attendue: depuis la catastrophe du Concordia, les métaphores maritimes n’ont plus la cote; pourtant, l’affiche de campagne est une récidive: on a appris que cette belle mer bleue bordait les côtes de la… Grèce, sans doute pas le meilleur titre de gloire du Sarkozysme, ni la meilleure perspective d’avenir pour la France; le slogan de campagne, « La France forte », quant à lui, est emprunté à… la campagne de Giscard d’Estaing en 1981, comme si, plus ou moins consciemment, on anticipait déjà la défaite; enfin, les manières, elles, font penser à celle de l’ex-mentor du Président sortant, et candidat malheureux à l’élection présidentielle de 1995, Edouard Balladur: la candidature n’est pas annoncée de Matignon, mais de TF1, chaîne privée plutôt amie du pouvoir, alors même que l’on entend fustiger les « élites« , et que l’on se prétend « un français comme les autres« ; le QG de campagne se trouve dans le XVème arrondissement, dont l’INSEE note que les revenus médians par ménage sont supérieurs à ceux de Paris, de l’ile de France et de la France, mais que Nicolas Sarkozy n’hésite pas à décrire comme un vivier des « classes moyennes auxquelles [il] veut s’adresser« . Il y vrai qu’il est fier de montrer aux journalistes qu’il s’y rend à pied, et sans cravate. Il ne lui reste plus  que de prendre le métro et faire de l’auto-stop pour ressembler tout à fait à son modèle.

Sur le fond, cette entrée en campagne a été décrite par les observateurs comme un virage à droite, voire à l’extrême-droite. Et il vrai qu’il s’agit ici de rassembler son électorat en retournant au corpus idéologique originel… même si, bien que Nicolas Sarkozy mette l’accent sur ses « valeurs« ,  on peut s’interroger sur la constance de ses convictions.

L’exemple le plus frappant en est la question du mariage homosexuel. Nicolas Sarkozy avait laissé entendre, il y a quelques semaines, qu’il pourrait s’y déclarer favorable; il a fait volte-face, tout comme sur la TVA sociale ou sur la taxe sur les transactions financières, mais en un laps de temps beaucoup plus rapide, comme s’il choisissait ses positions au jour le jour; c’est ce même Sarkozy, pourtant, qui a déclaré à Marseille le 19 février: « Nous ne voulons pas que l’on sacrifie notre identité à la mode du moment« . Faites ce que je dis, pas ce que je fais…
Dans ces conditions, la sortie du député UMP Christian Vanneste sur la déportation des homosexuels pendant la seconde guerre mondiale, puis son exclusion immédiate en fanfare du parti, sans que intéressé ait seulement eu l’opportunité de s’expliquer, la veille de la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy, apparaît une coïncidence bien opportune. On ne se souvient pas d’une telle diligence pour les propos de Brice Hortefeux; comme s’il s’agissait de contrebalancer l’effet de la prise de position sur le mariage par une posture intransigeante sur l’homophobie…

On apprend également avec stupéfaction que Nicolas Sarkozy entend soudainement « rendre la parole au peuple » en multipliant le recours au référendum. Le seul Président, avec Giscard (encore un point commun) à n’avoir pas organisé de référendum pendant cinq ans, qui a même enterré toute perspective de réel référendum d’initiative populaire en en instituant une forme parodique et inapplicable, découvre qu’ »on a jamais tort de donner la parole au peuple« ; celui qui a bafoué la volonté du peuple  en 2008 sur un sujet aussi fondamental et régalien que la souveraineté nationale, en faisant adopter en catimini le traité de Lisbonne -lequel reprenait, le décorum européen en moins, l’essentiel du traité constitutionnel rejeté, par référendum justement, en 2005, par le peuple -, est à présent pris d’une frénésie de démocratie directe. Passons sur le paradoxe d’un Président qui se veut volontariste, qui pourrait se faire élire sur un programme et profiter de l’état de grâce pour l’appliquer, au lieu de renvoyer les Français aux urnes sitôt élu; et examinons quels sujets fondamentaux, plus importants encore que la souveraineté, justifie à ses yeux la consultation du peuple par référendum.

Le premier projet de référendum concerne les chômeurs. Nicolas Sarkozy aimerait rendre la formation obligatoire pour les chômeurs « passé un délai de quelques mois », et qu’à l’issue de la formation à laquelle le demandeur d’emploi a eu accès, ce dernier n’ait pas le droit de refuser « la première offre d’emploi correspondant au métier pour lequel il aura été nouvellement formé ».
Faut-il comprendre qu’à l’heure actuelle, les chômeurs refusent massivement de suivre une formation ? La réalité des chiffres est toute autre.Selon un rapport remis à Pôle Emploi en janvier 2010, un chômeur sur deux demande une formation, mais seuls 16% d’entre eux se la voit attribuer et 7% en suivent une dans un délai de six mois. D’où cette question simple: si l’on n’est pas capable d’assurer une formation à 43% des chômeurs, comment va-t-on la rendre obligatoire pour 100% ? La réponse se situe bien entendu dans l’amélioration de l’offre de formation professionnelle, aujourd’hui fragmentée dans des centaines d’organismes opaques; cette réorganisation de la formation professionnelle est éminemment souhaitable et respectable, mais il s’agit avant tout d’un sujet technique. Quelle question pourrait donc être posée au référendum ? « Voulez-vous améliorer l’offre de formation professionnelle pour les chômeurs ? » mais qui pourrait répondre « non » à une telle question ? La fraude et les abus existent-t-ils ? bien sûr. L’assistanat est-il intolérable ? absolument. Pour autant, rappelons que l’essentiel de la fraude aux aides sociales est le fait d’entreprises qui ont recours au travail au noir, et que Pôle Emploi dispose déjà de tout l’arsenal répressif nécessaire: un chômeur qui refuse de se plier à une demande de son conseiller (prendre une formation, par exemple), ou qui refuse plus de deux offres d’emploi « raisonnables » risque la radiation. Si donc le référendum porte essentiellement sur le caractère « obligatoire » de la formation, et de l’acceptation d’un emploi, alors le biais est apparent: il s’agit, une fois encore, de cliver, de monter les français les uns contre les autres, les chômeurs -forcément heureux de l’être, et tous fraudeurs aux aides sociales- contre les travailleurs. Le vrai problème, le véritable échec de Nicolas Sarkozy, celui qu’il veut faire oublier, c’est la lutte contre le chômage,

Le second référendum concerne les étrangers. En cas de contentieux sur une expulsion, cela serait à l’autorité administrative, et non plus judiciaire, de trancher. La juridiction administrative devenait la « seule compétente en matière d’immigration ». Concrètement, cela revient à supprimer le rôle du juge des libertés, sans lequel on ne pourrait plus vérifier la légalité de l’interpellation, ni de la procédure. L’étranger n’aura que 48 heures pour contester la décision de reconduire à la frontière devant le tribunal administratif. Si le tribunal ne lui donne pas raison, il serait directement reconduit à la frontière. Cela équivaut à demander aux Français: « Voulez-vous que les expulsions s’effectuent en dehors de tout contrôle et de tout cadre légal, par une autorité soumise à l’exécutif ? ». Sans commentaire. En plus de révéler la conception du droit de l’ancien avocat Sarkozy, cette proposition, qui ne trouve pas sa place dans le cadre référendaire, procède de la même démarche que pour les chômeurs: désigner des boucs émissaires, ici les étrangers, pour « cliver ».

Nicolas Sarkozy, dans un effort désespéré, veut couper l’herbe sous le pied à Marine le Pen pour s’assurer de passer le premier tour. Il y parviendra peut-être. Mais après le premier tour, il y a le second. Après avoir « clivé », il faut rassembler. Il est douteux qu’une majorité de Français se retrouve dans ce qui est, non un programme de droite, ce qui serait respectable, mais le va-tout d’un homme aux abois qui est prêt à tout dire, à tout faire, et notamment à criminaliser des pans entiers de la société française, pour être réélu. Il est révélateur que Nicolas Sarkozy se soit doté de Guillaume Pelltier, ancien du Front National, ancien bras droit de Philippe de Villiers rallié à l’UMP, comme porte-parole. Il s’agit bien là du symbole, en termes idéologiques, de son alignement sur les néo-conservateurs américains.

 

 

Titre: (c) Les guignols de l’info, Canal + 2012.

Crédit photo: (c) Sipa press, 2006


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